Cours 3 : mise place d'une protection des monuments anciens

(1790-1850)

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Les destructions liées à la Révolution française suscitent l'indignation d'une partie de l'opinion publique.

L'abbé  Grégoire prononce devant l'assemblée constituante le 31 aout 1794 un discours qui est considéré comme le point de départ de la politique de conservation des monuments historiques. Il invente à cette occasion le mot "vandalisme" pour caractériser les destructions causées par le fanatisme.

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Tableau de Hubert Robert, 1793 : Violation des caveaux des Rois à Saint-Denis.

Ci-dessous : destruction des statues royales

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De nombreux lieux, symboles du pouvoir royal, sont attaqués et détruits.

Sur les façades des cathédrales les représentations de rois ou reines sont arrachées.

Les biens de l'aristocratie et des ordres religieux sont saisis comme "bien national" et parfois rachetés par des entrepreneurs peu scrupuleux, qui les démolissent pour vendre les matériaux de construction.

Quelques initiatives isolées permettent de sauver des œuvres en les stockant dans des collections qui vont être les embryons des futurs musées, programme qui apparaît à cette époque. Ainsi le peintre Alexandre Lenoir, qui réunit des fragments d'édifices du moyen-âge et de la Renaissance française et créa le premier musée des monuments français dans la chapelle des Petits-Augustins (ci-dessous)

À droite le portail du château d'Anet transféré dans la cour de la future École des Beaux-Arts à Paris.

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L'invention des musées

Si les collections d'œuvres d'art, souvent disparates, existaient déjà sous l'ancien régime (elles furent en partie dispersées), la notion de musée, organisé autour d'une thématique principale, naquit à l'époque de la révolution française, dans un but pédagogique. Ainsi le Louvre, dépossédé de la Cour qui avait d'ailleurs en grande partie quitté les lieux, réoccupés par des ateliers d'artistes, devint le premier grand musée de l'État.

à droite : ouverture du musée du Louvre en 1793

 

La notion même de musée, promise à un si grand avenir, fut pourtant critiquée dès le départ par de nombreuses personnalités de l'art.

Dans le cas de l'architecture, Viollet-le-Duc écrivait en 1847 :

"Laissons les monuments chez eux . Un monument a un intérêt immense à sa place, bonne ou mauvaise, qu'on lui  a donné e, un intérêt qu'il perd quand on le déplace. Les peuples qui fond des musées sont des peuples de pirates et de pillards."

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Le peintre Louis-François Cassas essaya de créer un premier musée d'architecture en faisant réaliser des maquettes en liège des principaux édifices de l'histoire.

Le liège permettait de rendre compte de l'âge de ces constructions.

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Les biens confisqués à la Révolution furent parfois réutilisés pour d'autres usages, comme on le voit dans le cas de cette église à Châlons/Saône transformée en logements.

Seul le volume cylindrique du chœur, avec sa grande ouverture, atteste encore la fonction originelle du bâtiment.

La création  de l'Inspection générale des Monuments Historiques  (1830)

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C'est en 1830 que le nouveau ministre de l'intérieur, François Guizot, crée le poste d'inspecteur général des Monuments historiques, qu'il confie à l'historien Ludovic Vitet. Mais c'est  surtout son successeur, l'écrivain Prosper Mérimée, qui va mettre en œuvre une action efficace de restauration en confiant, à partir de 1840, à l'architecte Eugène Viollet-le-Duc de nombreux chantiers de restauration.

l'historien

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Prosper Mérimée                      Eugène Viollet-le-Duc

François Guizot

L'œuvre de Eugène Viollet-le-Duc

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Le premier chantier auquel, tout jeune, va s'attaquer Viollet-le-Duc, est celui de la Madeleine de Vézelay, église de pèlerinage en Bourgogne (1840).

L'originalité de la démarche de V-L-D, qui va assurer sa notoriété, est l'importance de l'étude préalable du monument et la compréhension des désordres. Cela implique de nombreux relevés et une véritable culture technique des édifices anciens que très peu d'architectes possédaient à cette époque.

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Autre particularité de ce premier "sauvetage" : Viollet-le-Duc s'est contenté d'intervenir pour assurer la stabilité de l'édifice, sans chercher à rétablir des volumes initiaux disparus. Dans ses interventions ultérieures, Viollet-le-Duc aura tendance à oublier ce principe.

Suite à ce premier succès, Viollet-le-Duc se voit confier le prestigieux chantier de restauration de la cathédrale de Paris (1843). L'édifice avait acquis une nouvelle célébrité au travers du roman de Victor Hugo, Notre-Dame-de-Paris (1831), où l'écrivain s'était alarmé de l'état de dégradation des structures. V-L-D va beaucoup s'investir dans ce long chantier (terminé en 1864), mené en collaboration avec l'architecte J.-B. Antoine Lassus.

Parallèlement, V-L-D s'attelle à son grand œuvre savant, le monumental Dictionnaire raisonné de l'architecture francaise du XIe au XVIe siècle (1856)

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L'influence de Viollet-le-Duc sur la restauration des monuments historiques

Fort de ses premiers succès, puis du soutien du couple impérial (Napoléon III proclame le second Empire en 1852), Viollet-le-Duc supervise une large campagne de restauration avec pour souci de rendre cohérent l'aspect des édifices. Pour cela il n'hésite pas à effacer les traces des modifications ultérieures. Ou à compléter des parties non renseignées par des créations néo-romanes ou néo-gothiques.

Néanmoins, ces travaux comportent de grandes réussites, telle la restauration de la Cité de Carcassonne (1853-1879), basée sur une bonne connaissance de l'architecture militaire ancienne. Sur le point de disparaître, cet ensemble féodal renaît grâce à l'action conjuguée d'érudits locaux.

Cette mobilisation locale, qui concerne toute la France, va entraîner la création d'associations locales d'historiens et d'archéologues, dont le point de vue n'est pas toujours compatible avec celui des architectes en charge des restaurations.

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Sa dernière restauration, le château de Pierrefonds, dans l'Oise, acquis comme villégiature par Napoléon III et Eugénie, est en partie responsable de l'image qui s'est ensuite attaché à son œuvre : celle d'un restaurateur ne mettant pas de limite à son imagination.

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Dans cette restauration, Viollet-le-Duc intègre des fragments fantaisistes, du point de vue historique. Il termine sa carrière en mettant en œuvre des principes opposés à ceux qu'il préconisait lui-même à ses débuts. Son travail, toujours de qualité, pourrait s'apparenter à celui des illustrateurs d'Heroic Fantasy.

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L'administration des monuments historiques  en France

Si Viollet-le-Duc avait commencé, quasiment seul son travail de restauration, il mit en place une nouvelle génération d'architectes, acquis à ses idées, qui poursuivirent son œuvre, avec plus ou moins de bonheur. À côté de confrères proches (Emile Boeswillwald), il forma plusieurs jeunes architectes, qui constituèrent le corps des architectes diocésiens, amené à devenir le futur corps des Architectes en chef des Monuments historiques, qui reste encore aujourd'hui une institution "intouchable".

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Paul Abadie,  Restauration de la cathédrale Saint-Front, Périgueux, 1852-1895.

à gauche : État avant restauration, à droite après reconstruction des clochetons néo-byzantins.

critiques de la théorie de la restauration de Viollet-le-Duc

Viollet-le-Duc a en partie théorisé sa conception de la restauration dans le très long article "Restauration" issu de son Dictionnaire raisonné... La phrase où il écrit que la restauration peut conduire à restituer un état "n'ayant jamais existé" a exacerbé les critiques.

En Italie, Camillo Boito a préconisé une approche plus respectueuse de la réalité historique des édifices.

A la porte tessinoise de Milan (à droite), il produisit une restauration hybride, cherchant à concilier différents états antérieurs avec les impératifs de l'urbanisme moderne.

En Angleterre, le grand défenseur du passé John Ruskin (1819-1900), lui-même écrivain, peintre et critique d'art, réfute toute velléité de retrouver un état antérieur des bâtiments soumis, selon son point de vue, au même cycle inexorable : naissance/vie/mort que les êtres humains. Pour lui, ce qui compte est l'entretien des édifices en rapport avec leur usage, pas leur muséification artificielle.

Dans "Les sept lampes de l'architecture" (1849) il met en avant l'intégrité morale des édifices et s'oppose donc à leur restauration, qui altère leur authenticité.

Paradoxalement, Ruskin et Viollet-le-Duc, en totale opposition sur les questions de restauration, partageaient la même fascination pour les paysages alpins et la beauté engendrée par les phénomènes géologiques, qu'ils immortalisèrent tous deux par leurs dessins.

(ci-dessous)

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